A la une ce mois-ci

  • Les Français n’ont plus confiance en l’entreprise : où est le bug ?

     

      Le dernier rapport de France Stratégie souligne que la grande entreprise, pas plus que les autres institutions, n’échappe en France à une détérioration de son image et au développement d’un sentiment de défiance. Ainsi se trouvent confirmés les témoignages recueillis à l’occasion d’audits de climat social : les salariés aiment généralement leur travail, mais ils mettent en cause la façon dont l’entreprise où il prend place est dirigée. Cette évolution est à rapprocher de tout le discours sur le management humain, tel qu’il est véhiculé par des ouvrages de…

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Dans les librairies

  • Huber Landier, Ed L'Harmattan

    Vers l’entreprise polycellulaire - Pour penser l’entreprise de demain

     

    Notre façon de concevoir l’entreprise renvoie à un état de la pensée qui est celui de l’époque de Descartes et de Newton. Il en résulte une vision mécaniciste, déterministe et analytique qui ne correspond plus, ni à la réalité de l’entreprise ni à ses exigences de fonctionnement. Comment, dans sa conception même, prendre en compte l’incertitude, la complexité, l’interdépendance des…

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Editorial

La pensée managériale tourne en rond

Une impression de déjà entendu.

J’en prendrai trois exemples. D’abord, le « leadership » ; l’objet d’ouvrages, de conférences, de séminaires, de programmes de formation. Quoi de neuf, pourtant, par rapport à ce qui se disait dans les années quatre-vingt du siècle dernier ? c’était l’époque où Claude Bébéar emmenait le CODIR d’Axa dans le Ténéré, où un grande entreprise britannique envoyait ses jeunes cadres sur un voilier en mer du Nord – de préférence en hiver – encadrer de jeunes handicapés, où se multipliaient les séminaires « outdors » (on s’est suffisamment moqué du « saut à l’élastique »). Le manager devait s’imposer comme un leader. Encore une fois, quoi de neuf ?

Autre exemple : une jeune et brillante universitaire publie un ouvrage remarqué sur la nécessité de « refonder l’entreprise ». Quoi de nouveau par rapport à tout ce qui a été écrit entre 1948 et 1973 sur la réforme de l’entreprise ? Rien, ou plutôt moins. Aucune citation, sinon celle d’un juriste qui n’était pas le plus éminent de l’époque. Comme s’il s’agissait d’une absolue nouveauté.

Dernier exemple : « l’entreprise libérée ». Et les équipes autonomes, les groupes de progrès, les équipes d’amélioration, les cercles de qualité, les groupes d’expression, c’était quoi ? Le CNPF, en 1979, publia un volume entier de ces expériences dont le but explicite était de transformer l’entreprise. On citait la fonderie Guillet à Auxerre (fini, Guillet, disparu en 2010) ; on cite aujourd’hui la FAVI. Quoi de neuf ? Rien, sinon beaucoup de prétention venant d’un théoricien qui imagine avoir trouvé la pierre philosophale (sous copyright) et qui en fait boutique.

Une pensée circulaire. Il faut trente ans environ pour faire le tour du cadran. Soit une génération, nécessairement oublieuse de ce qui l’a précédée. On ne saurait lui en vouloir. Mais en attendant, quoi de neuf ? Je ne vois personnellement qu’une seule chose : la nécessité de coopérer, hors structures hiérarchiques, entre membres d’un même niveau d’organisation. Les choses, sur ce point, ont certainement progressé. Mais sur d’autres, comme le « management participatif », elles ont plutôt reculé.

Pourquoi cette incapacité à produire du neuf, derrière quelques grands mots à la mode ? N’est-ce pas décourageant ? J’y vois plusieurs causes : le poids des conservatismes, celui des idées reçues et la nécessité de bouleverser certaines règles institutionnelles. Pour être très franc, il me semble que rien ne changera en matière de management si on ne prend pas en considération simultanément les modes de gouvernance de l’entreprise et le développement du dialogue social. Il faut penser le management au delà du management.

Hubert Landier