A la une ce mois-ci

  • Note de conjoncture sociale 2016-2017

     

     De quoi sera faite l’année 2017 ? Celle-ci, bien entendu sera largement conditionnée en France par l’élection présidentielle et le programme du futur président, ou plutôt par ce qui en sera effectivement mis en œuvre. Il faudra également tenir compte de l’évolution de la conjoncture internationale ainsi que des effets de l’élection de Donald Trump aux Etats Unis. Et derrière ces incertitudes, il ne faut pas oublier qu’un relèvement des taux d’intérêts et les difficultés de l’Euro, par suite de la crise italienne ou de la politique des Etats Unis, pourraient avoir en France des…

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Dans les librairies

  • Huber Landier, Ed L'Harmattan

    Vers l’entreprise polycellulaire - Pour penser l’entreprise de demain

     

    Notre façon de concevoir l’entreprise renvoie à un état de la pensée qui est celui de l’époque de Descartes et de Newton. Il en résulte une vision mécaniciste, déterministe et analytique qui ne correspond plus, ni à la réalité de l’entreprise ni à ses exigences de fonctionnement. Comment, dans sa conception même, prendre en compte l’incertitude, la complexité, l’interdépendance des…

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Editorial

Un homme heureux dans son trou noir

Deux heures à attendre à Roissy l’avion de Moscou qui est en retard. L’aérogare est bondée. Je cherche un endroit où me poser.

Sous un escalier, une table en bois et deux chaises dépareillées. Assis sur l’une d’elle, un homme d’une cinquantaine d’années, clope au bec. Il lit le journal. Ce doit être très intéressant car il se lève afin de montrer ce qu’il vient de trouver à une hôtesse qui s’ennuie à son comptoir. Il revient et me prend à mon tour à témoin : « c’est incroyable ». Puis il engage la conversation.

– « Vous êtes là depuis longtemps ?

– Une heure, et vous ?

– Deux mois et demi.

– ??? ».

Et il m’explique. Pour des raisons administratives compliquées dont je n’ai pas retenu le détail, il ne peut sortir de l’aéroport. Mais il n’est pas expulsable. Et comme il ne veut pas, pour des raisons tout aussi compliquées, retourner dans son pays d’origine, il s’est installé dans l’aéroport.

Il y a ses aises et ses habitudes. Les restaurants lui fournissent de quoi manger. Il dispose des toilettes et des douches. Il a un coin pour dormir. Il tue le temps en lisant et en discutant avec le personnel des compagnies aériennes. Tout le monde le connaît, y compris la police, qui sait que l’on ne peut rien lui reprocher et à laquelle il livre quelques menues informations utiles. Ainsi passent les journées.

Je passerai un moment très agréable avec lui. Il ne sait pas combien de temps il restera encore à Roissy, mais cela ne semble pas l’inquiéter. Et moi, il me fait réfléchir.

Notre société est super-organisée et super-administrée, mais il y a des trous dans la raquette. Des gens dont la situation ne correspond à rien de prévu. Des zones de non droit. Des espèces de trous noirs dont il est impossible de sortir une fois qu’on y est tombé. Et plus notre société est super-organisée et super-administrée, plus il y a de trous noirs. Ceci aurait tendance à me mettre en colère.

Mais il y a une autre façon de réagir. Puisque les choses sont ainsi, autant s’installer dans le trou noir et l’aménager au mieux. Peut-être même en allant plus loin : et notamment, en évitant de se faire trop remarquer. Et attendre. C’est ce que font les créateurs d’activités nouvelles qui échappent à la problématique du droit commercial et du droit du travail.

Puis vient le moment où les autorités se manifestent, alertées par ceux que l’existence du trou noir n’arrangent pas. Les taxis manifestent contre Uber, les hôteliers contre Airb&b. Retour dans le cadre légal et réglementaire. Mais le cadre légal et réglementaire, il aura fallu le modifier pour accueillir ces nouveaux venus. Et avant de se faire remarquer, ils se seront installés. Ils auront donc gagné du temps, et parfois de l’argent, beaucoup d’argent.

Même chose dans l’entreprise. Avez-vous une idée de ce qui s’y passe ? Si vous le croyez, c’est que vous vous trompez. Et plus l’entreprise est super-organisée et super-administrée, plus on y trouve de trous noirs ; bien entendu, ceux qui s’y sont installés se gardent bien d’en signaler l’existence.

Dans une usine chimique classée Seveso 2, je suis accueilli par l’équipe de nuit en vue des entretiens que je dois faire pour mon audit. Le lendemain, le DRH me demande si ça s’est bien passé. Je réponds « oui » et je passe vite à autre chose. Je n’allais tout de même pas raconter que j’avais été accueilli avec une bouteille de pastis et que nous l’avions partagée convivialement avec les pompiers de service.

Mon naufragé de Roissy et moi-même, nous nous sommes quittés bons amis. L’avion de Moscou était arrivé.

 

Hubert Landier