A la une ce mois-ci

  • L’entreprise comme système complexe en déséquilibre

     

    La réalité, selon notre tradition occidentale, est perçue comme un assemblage de choses qui ont une existence en soi et qui, ensuite, se trouvent mises en relation les unes avec les autres. Il s’agirait, autrement dit, d’une sorte de jeu de Lego.  C’est cette conception du monde que met en cause l’analyse systémique. Ce qui existe, ce sont les interrelations ; et les éléments en interrelation ne se définissent que par rapport au système qui les structure au sein d’une unique réalité. Ce qui est en cause, c’est la conception analytique du monde telle qu’elle a été définie dans le…

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Dans les librairies

  • Huber Landier, Ed L'Harmattan

    Vers l’entreprise polycellulaire - Pour penser l’entreprise de demain

     

    Notre façon de concevoir l’entreprise renvoie à un état de la pensée qui est celui de l’époque de Descartes et de Newton. Il en résulte une vision mécaniciste, déterministe et analytique qui ne correspond plus, ni à la réalité de l’entreprise ni à ses exigences de fonctionnement. Comment, dans sa conception même, prendre en compte l’incertitude, la complexité, l’interdépendance des…

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Editorial

Libérez la pensée, pas l’entreprise !

Il y a, sur la durée, quelque chose de désespérant à considérer la pensée et les pratiques en matière d’organisation et de management de l’entreprise. Toujours les mêmes grands mots : « viser l’excellence », « construire un projet partagé », « capitaliser l’intelligence de tous ». Toujours les mêmes appels aux grands sentiments : « oser la confiance », « promouvoir le dialogue social ». Comme si les incantations allaient peser sur  la réalité des choses. Dernière expression à la mode : « libérer l’entreprise ». Qu’est ce que ça veut dire, « libérer l’entreprise » ? Et pendant cela, globalement, rien ne change, ou alors si peu et pour si peu de temps.

Ne faudrait-il pas, avant même de prétendre  libérer quoi que ce soit, nous libérer des schémas et des croyances qui, malgré nous, à notre insu, structurent notre pensée et entravent notre façon de comprendre les choses ? Nous avons imaginé des boîtes et nous cherchons à y enfermer la vie. Le problème, c’est que la vie ne se laisse pas enfermer, qu’elle va son cours, et qu’elle change parfois de direction ; et nos boîtes, alors, non seulement ne nous servent plus à rien, mais elles nous empêchent de comprendre et d’agir d’une façon qui serait appropriée.

Ces boîtes sont à rechercher dans la culture qui nous imprègne. Celle-ci comporte plusieurs couches historiques. Il y a la culture judéo-chrétienne ; il y a l’héritage romain ; il y a aussi l’état des sciences telles qu’elles se sont constituées à partir du 17ème siècle. Nous sommes, sans nous en rendre compte, demeurés profondément cartésiens et newtoniens. Nous nous représentons le monde comme s’il était fait de cubes de Lego indépendants les uns des autres, dont il s’agirait de comprendre ensuite l’assemblement. Puis nous tentons de les empiler. Moyennant quoi tout finit par s’écrouler – et il faut recommencer. Autrement dit, rien n’avance.

Comment nous débarrasser de ces représentations paralysantes et stériles ? J’ai nommé Descartes et Newton. Envoyons balader Descartes et Newton et intéressons-nous à ce que nous disent Niels Bohr et Prigogine. Au savoir scientifique contemporain, celui de la relativité, de la théorie du chaos et de l’incertitude quantique. Puis revenons à l’entreprise. Nous la redécouvrirons alors avec un œil neuf. Nous la comprendrons autrement qu’avec des schémas de pensée évidemment obsolètes, aux yeux du moins de la communauté scientifique. Et nous pourrons alors nous approprier d’autres façons d’intervenir.

C’est ce que j’avais essayé de faire, vers la fin des années quatre-vingt, avec un livre qui avait eu un certain succès à l’époque. Je l’avais intitulé « L’entreprise polycellulaire », empruntant cette expression à l’ami Hervé Serieyx. Ce livre, je l’ai relu, j’en ai retranché ce qui manifestement avait vieilli, je l’ai réécrit, augmenté de ce que m’ont appris ces trente dernières années de pratique et de réflexion autour du management humain de l’entreprise. Jacques Chaize a eu la gentillesse de ne pas le trouver trop idiot, au point d’accepter d’en écrire la préface. Je voulais vous le présenter voici quelques semaines ; l’actualité sociale m’en a empêché. Voilà qui est fait ; il s’intitule « Vers l’entreprise polycellulaire, pour penser l’entreprise de demain ».

J’espère qu’il pourra vous être utile.

J’espère aussi que vous voudrez bien me faire part de vos réactions.

 

Hubert Landier